À la découverte de la bibliomancie

Par Julien JudePublié le 25 avril 2018 dans Arts divinatoires bible ouverte

La bibliomancie est un art millénaire qui a, contrairement à d’autres pratiques médiumniques, traversé le temps, les époques, les religions : on l’exerce encore aujourd’hui.

Les premières civilisations à l’avoir utilisé sont les Hébreux, les Grecs, ou encore les Romains. Cette forme de divination trouve son point d’orgue dans l’antiquité (avec un essor qui s’étend jusqu’aux premiers siècles de notre ère). Elle consiste tout simplement à lire un extrait d’un texte choisi de manière aléatoire et souvent issu des Écritures sacrées (la Bible, et même le Coran…) ou les œuvres des poètes classiques (notamment Homère ou Virgile) dans le but de façonner une prédiction.

Bibliomancie, définition et étymologie

Le terme bibliomancie est formé du mot « biblio- » qui, en grec, signifie livre et du mot « manteia » qui renvoie aux mantiques, en d’autres termes, à la divination.

Quand il s’agit d’un ouvrage contenant de la poésie on parle alors plus spécifiquement de stichomancie (du grec « stichos » qui veut dire « vers » ou encore de rhapsodomancie (qui vient de « rhapsōdos », appellation que l’on peut traduire par récitation mais qui n’est quant à elle qu’assez peu utilisée).

Contrairement à d’autres méthodes divinatoires, comme par exemple l’ornithomancie qui repose sur de nombreuses interprétations des signes observés sur un ou plusieurs oiseaux, la pratique de la bibliomancie est quant à elle fort simple : il suffit en effet d’ouvrir de façon hasardeuse un ouvrage qui sera de préférence sacré et de choisir également par le biais du hasard un fragment de texte.

Il sera alors possible par l’analyse des lignes ainsi mises en évidence, de tirer une prédiction qui servira à répondre a certaines de nos interrogations ou de nous guider dans une prise de décision concernant un évènement à venir.

Ainsi, donc, on utilisait selon les époques de nombreux écrits provenant :

  • De poètes célèbres (Homère chez les Grecs ou Virgile, écrivain renommé dans la littérature latine).
  • De textes sacrés issus de la tradition judéo-chrétienne.
  • De textes anciens issus de la religion musulmane.

La stichomancie dans l’antiquité

Dans la Grèce Antique, les Oracles réputés pour accomplir des rituels permettant de prédire l’avenir avaient recours à ce que l’on appelait les « sortes homericœ » (sorts Homériques). Cette méthode consistait à lire des poèmes d’Homère (poète aveugle de la fin du VIIe siècle av. J.-C. qui a marqué l’histoire en écrivant l’Iliade et l’Odyssée) et à interpréter un vers dans le but de répondre à une question précise que l’on se posait.

Dans l’Empire Romain, la stichomancie était aussi très présente. On y prédisait l’avenir grâce aux textes du poète Virgile en utilisant les « sortes virgilianœ » (sorts Virgiliens).

De nombreux personnages historiques se sont intéressés à cet art divinatoire. Saint Augustin écrivait ainsi au 4ème siècle :

« Puisqu’il arrive souvent, disait Vindicien, qu’en ouvrant à l’aventure le livre d’un poète avec l’intention d’y trouver quelque lumière dont on a besoin, on tombe sur tel vers qui s’accorde merveilleusement avec ce que l’on y cherche […] il ne faut pas s’étonner si, poussé par quelque instinct secret qui le maîtrise et sans même savoir ce qui se passe en lui, par pur hasard enfin et non par sa propre science, les réponses d’un homme s’accordent quelquefois avec les actions et les aventures d’un autre homme qui vient l’interroger. »

François Rabelais, écrivain français humaniste du 15ème siècle, et auteur du très célèbre « Pantagruel », s’y intéresse également et publie un chapitre dans l’un de ses livres qui met en exergue ce procédé.

Alfred de Musset, poète et dramaturge français ayant vécu au 19ème siècle, s’en servait encore d’après son frère Paul de Musset : « L’auteur avait un goût particulier pour les oracles virgiliens. Il s’amusait souvent à en tirer non seulement dans Virgile mais dans toutes sortes de livres. Le poète qu’il consultait avec le plus de confiance était Shakespeare ».

La bibliomancie à travers les religions

Chez les Hébreux

On trouve l’origine des « sortes homericœ » et « sortes virgilianœ » environ dix siècles avant J.C. En effet si l’on se réfère au Talmud, le peuple Hébraïque pratiquaient déjà cette forme d’art divinatoire. Ils appelaient cela le Bath-Kol (fille de la joie, en Hébreu).

À la différence de la stichomancie on utilisait (toujours de façon hasardeuse) une voix entendue en train de réciter un texte pour en faire une prédiction. Cette voix venue du ciel reflétait le message des dieux. En 386, Saint-Augustin après avoir été lui-même confronté à un phénomène de ce genre, a commencé à étudier la bibliomancie.

Chez les catholiques

Au 4ème siècle, et jusqu’au premier millénaire de notre ère, il n’était pas rare que des Clercs se servent des Saintes Écritures pour prendre des décisions importantes. Qu’il s’agisse de stratégies militaires ou de faire un choix déterminant concernant un événement religieux à venir l’on procédait au tirage au sort d’un ou plusieurs passages d’évangiles afin d’y trouver des réponses.

Quelquefois lors d’une grande cérémonie religieuse le prêtre disposait sur l’autel de l’église un recueil de psaume, des évangiles et un missel. Il ouvrait au hasard les trois livres afin d’en extraire trois passages. Si ceux-ci concordaient, on en retirait un présage faste.

Une autre pratique (non sans rappeler les sorts Virgiliens) nommés sorts des saints (Sortes sanctorum) ou sorts des apôtres (Sortes apostolorum) était quelque peu différente puisse qu’il s’agît de choisir au hasard plusieurs livres issus d’une liste d’ouvrage toujours pour répondre à une question posée.

À la fin du 13ème siècle une autre méthode consistait à associer un fil de couleur à une sentence donnée. En choisissant de manière fortuite un fil on pouvait alors utiliser la sentence correspondante pour en faire une prédiction.

Cependant, L’Église s’opposa violemment à ce type de pratiques interdisant formellement les clercs de s’y adonner, sous peine d’excommunication. Ainsi, le premier concile d’Orléans affirma en 511 : « Soient excommuniés ceux qui observent les divinations, les augures ou les sorts appelés faussement les sorts des saints ».

Chez les musulmans

Bien que la pratique de la bibliomancie ne soit pas approuvée par l’islam, elle était tout de même présente chez les musulmans.
Le « fal » (bonne parole) apparait au XVIe siècle en Perse (Iran). On le retrouve également dans l’Empire Ottoman, jusqu’au 20ème siècle. Appelé aussi « istikhar », le principe restait le même : après l’ouverture d’un livre de poèmes, le plus souvent celui du poète mystique persan Hafez (XIVe siècle), on en tirait un présage. Les écrits de Djalâl ad-Dîn Rûmî étaient aussi utilisés.

Le Coran pouvait également servir de support pour pratiquer cet art divinatoire. Ainsi selon un rituel bien précis et un peu plus complexe on pouvait réussir à obtenir la réponse que l’on souhaitait.

De nombreuses références à la bibliomancie apparaissent dans les livres d’écrivains au fil du temps. On peut citer parmi les plus célèbres : François Rabelais, Alfred de Musset ou encore Jules Verne. Cet art divinatoire, utilisé sous de multiples formes, est présent dans diverses cultures et semble ne pas avoir d’emprise sur le temps puisqu’il reste aujourd’hui encore pratiqué à travers le monde.