La capnomancie : prédire l’avenir par la fumée

Écrit par Julien Jude, le .

Art ancestral presque oublié qui consiste à interpréter les signes obtenus par l’observation de la fumée provenant d’un bûcher ou de la fumigation d’encens, de végétaux tels que le chanvre ou le laurier, la capnomancie était autrefois annonciatrice de bons ou mauvais présages. Les dieux se montraient ou non favorables aux sacrifices que le devin faisait. Celui-ci était attentif aux couleurs, à la transparence, à l’orientation ainsi qu’aux odeurs dégagées par la fumée. Ce rituel religieux pouvait aussi se dérouler dans les lieux de cultes dans le but d’obtenir des réponses aux prières effectuées.

fumée qui se dégage d'un bâton d'encens

Étymologie, origines et définition de la capnomancie

L’étymologie du mot capnomancie nous vient du grec dont la racine est « Kapnos » qui se traduit par fumée suivi du suffixe « manteia » qui signifie divination.

Cet art divinatoire remonte aux premiers siècles avant J.C, en effet au 7ème siècle le poète (aède) Homère faisait déjà mention d’une divination pratiquée à l’aide de la fumée d’encens. On lui trouve des origines encore plus lointaines puisqu’elle était déjà utilisée en Chaldée au 9ème siècle avant J.C. La tribu des chaldéens pouvait prédire l’avenir en se basant sur la combustion de plusieurs substances minérales dont le cinabre. Selon certains écrits, La capnomancie trouverait ses origines dans la bible désignant Caen, frère d’Abel, comme le premier homme à utiliser cette technique de divination.

Cette pratique divinatoire, souvent utilisée dans l’antiquité avait pour but d’interroger les dieux pour savoir si leurs sacrifices, humains ou animaux, correspondaient à leurs attentes. Pour se faire, le capnomancien spécialisé dans la lecture de l’avenir par la fumée utilisait différentes méthodes et, selon ces observations et interprétations, il en déduisait un présage bon ou mauvais en fonction des caractéristiques de la fumées dégagée.

On peut différencier la capnomancie de la pyromancie (divination par le feu) car même si cette dernière est constituée de l’interprétation des fumées, elle étudie plus particulièrement la représentation de la flamme elle-même (forme, dimension…) et son pouvoir hypnotique.

Comment se déroule la séance de capnomancie ?

Techniques utilisées

Il existe deux techniques bien distinctes pour pratiquer l’art de lire l’avenir par la fumée :

  • La première méthode consistait à interpréter différents facteurs basés sur la combustion de la fumée provenant d’un foyer ou de l’encens en train de se consumer. Le capnomancien pouvait analyser et interpréter le sens de la fumée, sa couleur, sa densité ainsi que sa hauteur. Lorsque la fumée était plutôt basse et dense cela n’était pas de bon augure, au contraire s’il la percevait haute et claire, cela était synonyme d’un bon présage. Pour attiser le foyer et donc la fumée, le devin jetait régulièrement des plantes ou des graines dans le feu (pavot, sésame, jasmin, romarin, laurier, verveine, lavande ou romarin). Certaines de ces plantes avaient un effet hallucinogène qui accélérait la transe du devin et affinait ses prédictions sur un futur proche ou lointain.
  • La deuxième méthode reposait sur l’observation de la fumée qui se dégageait d’un bûcher suite à un sacrifice animal ou humain. Si la fumée observée était très proche du sol, dense et d’une couleur foncée, c’était le signe que les divinités n’étaient pas favorables au sacrifice. A l’inverse, si l’on obtenait une fumée haute et légère, les dieux étaient en accord avec le rituel. Tout comme la couleur de la fumée, son odeur faisait également l’objet d’une interprétation.

Traditions liées à la capnomancie

La voyance par la fumée n’était pas seulement pratiquée autour d’un bûcher et ne mettait pas toujours en jeu le sacrifice d’un être vivant. On s’y adonnait également dans les lieux de cultes, pour y créer une ambiance mystérieuse. Comme cette fumée monte vers le ciel, elle était censée accompagner les prières des fidèles jusqu’aux divinités. On pouvait s’en servir simplement pour obtenir une réponse à une question posée.

Les oracles et notamment la Pythie de Delphes mâchait la feuille de laurier avant de la jeter dans le feu des augures. Cette dernière pouvait également se baser sur les gaz souterrains provenant de la terre pour établir ses prédictions.

Dans l’univers magique orientale, on retrouve cette pratique mais cette fois le capnomancien fait brûler un bâton d’encens et après avoir observé et interprété sa fumigation, il en déduit l’énergie bonne ou mauvaise de sa journée.

La capnomancie est-elle toujours d’actualité ?

Cette pratique n’est quasiment plus utilisée de nos jours car ses méthodes se sont un peu perdues avec le temps. Cependant, certains marabouts, sorciers ou chamans peuvent encore s’adonner à l’interprétation des fumées en se basant sur les croyances ancestrales. Si les sacrifices et les bûchers ne sont plus d’actualité, on peut continuer à utiliser la voyance par la fumée en faisant brûler de l’encens ou du papier d’Arménie pour prédire l’avenir.