Qu’est-ce que l’ornithomancie ?

Par Julien JudePublié le 18 avril 2018 dans Arts divinatoires vol d'une chouette

L’ornithomancie est une pratique divinatoire ancestrale, dont l’origine remonte à plusieurs millénaires, pratiquée par de nombreux peuples, notamment chez les Étrusques, les Grecs ou encore les Romains, et qui consiste à observer et interpréter les différents comportements des oiseaux (comme leur vol, leurs cris et leurs différents chants, ou encore la manière dont ils se nourrissent).

C’est grâce à l’étude de ces divers agissements qu’il est alors possible au devin de déduire une prédiction qui, selon sa nature, pourra s’avérer bonne ou mauvaise, faste ou néfaste.

Étymologie et définition de l’ornithomancie

Le mot ornithomancie trouve son étymologie dans le grec ancien : il est formé à partir des mots « ornithos », signifiant oiseau, et « manteia », divination.  Il a pour synonyme le mot auspice, (tiré quant à lui du latin auspicium, formé à partir de « avis », l’oiseau » et de « specere », qui signifie regarder). Il s’agit donc bien d’un art dont la finalité est la divination, fondé sur l’analyse des oiseaux.

Les techniques qu’il mobilise, à mi-chemin entre la voyance et l’observation scientifique des oiseaux, étaient pratiquées par les prêtres de nombreuses cultures.

Dans le bassin méditerranéen, on trouve de nombreux témoignages attestant que, dès l’antiquité, les augures (des prêtres romains) arrivaient à obtenir un présage ou un avertissement donné par les dieux, simplement en étudiant les comportements de divers volatiles. Ceux-ci, grâce à leur don d’interprétation des signes, se faisaient l’intermédiaire entre les divinités (dont ils tiraient leurs prédictions) et le peuple, qu’ils avertissaient d’un éventuel danger ou d’un évènement heureux à venir.

Cette méthode divinatoire est à différencier de l’alectryonomancie, qui était pratiquée chez les Grecs et qui se fondait uniquement sur un coq pour déduire la lecture du futur, notamment en lui faisant picorer des grains situés face à des lettres : les grains choisis par ce dernier permettaient d’indiquer des lettres, de former des mots, et de lire l’avenir à partir de ceux-ci.

L’ornithomancie s’appuie, quant à elle, beaucoup plus largement sur le comportement naturel d’un groupe d’oiseaux observé. Ces oiseaux, dont on consultait le cri, le chant, étaient nommés oscines, comme le corbeau, la corneille, ou encore le hibou.
Ceux dont on ne consultait que le vol, étaient appelés alites et præpetes : il s’agissait par exemple de l’aigle, du busard, ou bien du vautour. D’autres encore pouvaient être oscines et alites comme le corbeau ou le pivert.

Interpréter le comportement des oiseaux

L’observation des oiseaux repose, selon les croyances, sur le fait que ces derniers auraient une meilleure compréhension des divinités que les hommes, car leur vol céleste les rapprocherait des dieux.

Il existe une multitude de manières d’interpréter le comportement de l’oiseau : à chacun de leurs mouvements correspondait une prédiction. Ainsi, par exemple lorsque celui-ci planait haut, que les ailes étaient bien déployées, on avait un bon présage et inversement s’il planait à basse altitude et avec des battements d’aile irréguliers, le signe était défavorable.

Quand l’un des oiseaux volait à la droite du devin, cela était de bon augure alors que l’on pouvait s’attendre à un mauvais présage s’il volait à sa gauche.

On interprétait essentiellement les signes des oiseaux de proies, certainement car on les jugeait plus dominateurs, plus puissants, et parce qu’ils préféraient vivre de manière solitaire plutôt qu’en groupe. Ils portaient d’ailleurs le nom d’oiônos, qui signifie (en grec) oiseau solitaire et oiseau à présages.

Chaque oiseau pouvait être associé à un dieu et ainsi délivrer son message. On distinguait trois espèces principales parmi d’autres :

  • L’aigle incarnait la puissance et la gloire, et représentait Zeus chez les Grecs, ou Jupiter chez les Romains.
  • La buse était un symbole oscillant entre le mal et le bien.
  • Le vautour symbolisait quant à lui la famille.
  • La chouette, dans la mythologie comme chez les augures, est l’animal dédié à la déesse Athéna : quand un Athénien était témoin de son vol, il le comprenait comme un signe favorable.

Les origines de cet art

L’ornithomancie est considérée comme le plus ancien et l’un des principaux modes de divination. Cette technique d’observation des oiseaux était très pratiquée en Grèce ancienne ainsi que dans la Rome antique, qui eux-mêmes avaient tout appris de cet art chez les Étrusques, plusieurs siècles avant notre ère.

En Grèce, il s’agissait principalement d’observer l’apparition fortuite d’oiseaux, à un moment clé. À l’instar de Tirésias, devin mythique (originaire de Thèbes), frappé de cécité, ou de Calchas (un augure immortalisé dans l’Iliade d’Homère), les prêtres les plus réputés, consultés par les rois et les grands, s’adonnaient à l’ornithomancie.

L’augure participait au templum, une pratique religieuse et divinatoire consistant à tracer dans le ciel à l’aide d’un bâton un espace sacré imaginaire dans lequel, guidé par le vol des oiseaux, la volonté des dieux était obtenue.

De nombreux philosophes ont rendu hommage aux oiseaux, « messagers des dieux ». Ainsi Plutarque écrivait dans son Histoire de la divination dans l’Antiquité :

« Les oiseaux, grâce à leur rapidité, à leur intelligence, à la justesse de manœuvres avec laquelle ils se montrent attentifs à tout ce qui frappe l’imagination, se mettent comme de véritables instruments au service de la divinité. Celle-ci leur imprime divers mouvements et tire d’eux des gazouillements et des sons. Tantôt elle les tient suspendus, tantôt elle les lance avec impétuosité comme des vents, soit pour interrompre brusquement certains actes, certaines volontés des hommes, soit pour faire qu’elles se réalisent. »

De nos jours, faute d’experts versés dans cet art perdu, l’ornithomancie n’est plus guère utilisée.